La prise de décision s’améliore nettement avec de la méthode. Les personnes qui décident bien font généralement trois choses : elles savent quelles décisions méritent du temps, elles comparent les options selon des critères clairs et elles cherchent les failles de leur plan avant que la réalité ne s’en charge. Chacune s’appuie sur des méthodes simples.
Voici six méthodes de prise de décision éprouvées : quand utiliser chacune, combien de temps elles demandent, leurs avantages et leurs limites, le tout comparé dans un tableau.
Les 6 méthodes de prise de décision
1. Décisions à sens unique ou à double sens
Jeff Bezos a popularisé cette distinction dans sa lettre aux actionnaires d’Amazon de 2015. Certaines décisions sont des portes à sens unique : presque irréversibles, comme signer un bail de cinq ans ou arrêter une gamme de produits. Elles méritent du temps, des données et plusieurs avis.
La plupart sont des portes à double sens : si vous vous trompez, vous faites demi-tour. Pour celles-là, décider lentement coûte plus cher que se tromper. Tester un nouvel outil pendant un mois est une porte à double sens ; y migrer toutes les données de l’entreprise, beaucoup moins.
2. La liste des pour et des contre
Benjamin Franklin l’a décrite dans une lettre de 1772 à Joseph Priestley, sous le nom d’« algèbre morale » : deux colonnes, une par camp, remplies sur plusieurs jours. Sa version demandait déjà de pondérer, en rayant des deux côtés les arguments de poids comparable pour voir de quel côté penche la balance.
Elle convient aux décisions par oui ou par non, comme accepter un projet supplémentaire ou changer d’horaires. Le piège : dix petits contre peuvent masquer un énorme pour si vous vous contentez de compter les lignes.
3. La matrice de décision pondérée
Elle sert à choisir entre plusieurs options selon plusieurs critères. Cinq étapes : listez les options, définissez les critères, attribuez à chaque critère un poids selon son importance, notez chaque option sur chaque critère, puis multipliez et additionnez.
Exemple avec deux offres d’emploi, des poids de 1 à 5 et des notes de 1 à 5 :
| Critère (poids) | Offre A | Offre B |
|---|---|---|
| Salaire (3) | 4 × 3 = 12 | 3 × 3 = 9 |
| Apprentissage (5) | 2 × 5 = 10 | 5 × 5 = 25 |
| Trajet (2) | 5 × 2 = 10 | 2 × 2 = 4 |
| Total | 32 | 38 |
Si le résultat vous déçoit, c’est aussi une information : il manque probablement un critère que vous n’avez pas écrit.
4. La règle 10/10/10
La journaliste et autrice Suzy Welch la présente dans son livre 10-10-10 : que penserez-vous de cette décision dans 10 minutes, 10 mois et 10 ans ? Elle aide quand l’émotion s’en mêle et que l’inconfort immédiat pèse trop lourd : dire non à un client, avoir une conversation difficile ou refuser une promotion que vous ne voulez pas.
5. Le pre-mortem
Le psychologue Gary Klein a proposé cet exercice : avant de lancer un projet, imaginez qu’un an a passé et qu’il a échoué. Chacun écrit en silence pourquoi, puis le groupe met les causes en commun. L’exercice autorise à dire ce que personne n’ose avancer en réunion de lancement.
Exemple : avant d’ouvrir votre boutique en ligne, votre pre-mortem révèle que « personne n’était chargé de répondre aux clients ». Vous pouvez désormais l’attribuer avant de commencer.
6. Les six chapeaux de la réflexion
Edward de Bono a proposé d’examiner une décision sous six angles, un à la fois : blanc (faits), rouge (émotions et intuition), noir (risques), jaune (bénéfices), vert (idées nouvelles) et bleu (pilotage du processus). Très utile quand les mêmes monopolisent la parole ou que la réunion tourne au choc d’opinions.
Comparatif : quelle méthode pour quelle situation ?
| Méthode | Quand l’utiliser | Temps indicatif | Avantage | Limite |
|---|---|---|---|---|
| Sens unique ou double sens | Pour classer toute décision avant de commencer | 1 à 2 minutes | Évite de passer des heures sur le réversible | Indique combien réfléchir, sans dire quoi choisir |
| Pour et contre | Décisions simples, par oui ou par non | 10 à 15 minutes | Rapide, sans outil | On compte vite les arguments sans les peser |
| Matrice pondérée | Trois options ou plus, plusieurs critères | 30 à 60 minutes | Rend visibles les critères et leur poids | Peut donner une fausse impression de précision |
| 10/10/10 | Décisions chargées d’émotion | 5 à 10 minutes | Relativise l’inconfort immédiat | Peu utile pour comparer des options techniques |
| Pre-mortem | Projets et plans avant leur lancement | 20 à 45 minutes en équipe | Fait émerger des risques que personne ne cite | Exige un climat où l’on peut parler franchement |
| Six chapeaux | Décisions d’équipe aux avis opposés | 30 à 60 minutes | Structure le débat et donne la parole à tous | Paraît artificiel sans animateur |
Combiner les méthodes sur une vraie décision
Ces méthodes se combinent bien. Imaginez qu’on vous propose d’encadrer une équipe :
- Identifiez la porte. Pourriez-vous revenir à votre poste si cela ne fonctionne pas ? Si oui, inutile d’y passer des semaines.
- Construisez la matrice. Salaire, apprentissage, horaires, goût pour le travail technique.
- Appliquez le 10/10/10 au volet émotionnel : le vertige des premières semaines face à l’endroit où vous voulez être dans quelques années.
- Terminez par un pre-mortem personnel. Si vous le regrettez dans un an, quelle en serait la raison ? Ce qui en ressort devient votre plan de prévention.
Conseil : fixez une échéance à chaque décision importante. Sans elle, analyser davantage devient une façon élégante de ne pas décider.
Aucune méthode ne vous protège de données mal interprétées. Avant de noter vos options, revoyez les biais et exercices de notre guide sur l’esprit critique. Et si vous prenez souvent vos grandes décisions en fin de journée surchargée, commencez par ces méthodes de gestion des priorités.
Où se situe Game Strategies
Décider s’apprend en décidant. Les serious games vous placent dans des situations avec pression et conséquences, sans le coût d’une vraie erreur.
Ariana (2 heures), dans la catégorie productivité, est le jeu consacré à la prise de décision : un hôtel en héritage, un héritier qui ne s’en sent pas capable et un ouragan qui approche. Vous apprenez à analyser l’information, à distinguer décisions intuitives et rationnelles, à repérer biais cognitifs, aversion au risque et pensée binaire, et à établir des priorités en contexte incertain.
The Hudson (1 heure), également en productivité, travaille l’accountability : assumer votre rôle, rendre compte de vos actes et laisser les excuses au vestiaire, ce que toute décision exige une fois prise. Et Idea (3 heures), en travail d’équipe, vous aide à générer davantage d’options avant de choisir, grâce à des techniques de résolution créative de problèmes.
Les trois sont inclus dans la licence annuelle du catalogue : 299 € TTC par personne, avec un an d’accès aux 71 jeux et un certificat de fin de formation pour chaque cours, à ajouter à LinkedIn. Soyons honnêtes : le jeu vous apporte pratique et feedback, mais votre jugement s’affine en appliquant ces méthodes à vos vraies décisions. Pour savoir quelles autres soft skills travailler, consultez notre guide.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la prise de décision ?
C’est le processus qui consiste à recueillir et évaluer l’information, comparer des options selon des critères, anticiper les risques et s’engager sur un choix dans un délai raisonnable.
Quelle est la meilleure méthode de prise de décision ?
Tout dépend de la décision. Pour plusieurs options et critères, la matrice pondérée ; pour une décision émotionnelle, le 10/10/10 ; pour un projet, le pre-mortem. Classer d’abord la décision comme réversible ou non aide à choisir.
Comment décider plus vite sans se tromper davantage ?
Séparez les décisions réversibles des irréversibles et ne consacrez du temps qu’aux secondes. Pour les réversibles, décidez avec l’information raisonnable dont vous disposez et ajustez en chemin.
Peut-on améliorer sa prise de décision avec la pratique ?
Oui. Utiliser des méthodes de façon consciente, analyser ensuite ce qui a marché ou non, et s’entraîner sur des cas avec du feedback affinent le jugement avec le temps.
